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S.E. Ville Skinnari

S.E. Ville Skinnari
Ministre de la Coopération au développement et du Commerce extérieur de la Finlande
Ministère des Affaires étrangères

Date de naissance : 21 février 1974
Lieu de résidence : Lahti, Finlande
Formation : master en droit, bachelor en administration des entreprises et licence avec mention.

Carrière politique
Ministre de la Coopération au développement et du Commerce extérieur de la Finlande, Ministère des Affaires étrangères.
Député, Parti social-démocrate
Troisième vice-Président du groupe majoritaire au Conseil municipal de Lahti, de 2012 à ce jour.

À propos
Avant de se consacrer entièrement à la politique, M. Skinnari a occupé différents postes dans le domaine du commerce international, notamment en développant l’activité de service de Nokia pour les marchés européens et asiatiques, et en exerçant les fonctions de responsable du développement commercial pour la région de Koillismaa. Il a également créé et dirigé une petite entreprise et exercé en tant qu’expert en droit international. Le sport a toujours occupé une place essentielle dans la vie de M. Skinnari. Il a joué dans l’équipe junior puis dans l’équipe masculine de hockey sur glace de la Finlande jusqu’en 1995 et a continué à pratiquer ce sport tout en poursuivant ses études aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Il aime s’adonner à des activités sportives et culturelles ainsi qu’à la pêche pendant son temps libre. Son épouse est professeur d’éducation physique et il est père de trois enfants.

 

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Réflexions

IISF : Pourquoi le renforcement des capacités en matière fiscale occupe-t-il une place aussi importante dans le débat actuel sur le financement du développement ? 

V.S. : Un pays ne peut se développer, prospérer et protéger les droits de l’homme que s'il est en capacité de prélever des impôts. Un système fiscal qui fonctionne bien et une administration fiscale compétente sont des conditions préalables au développement de la société dans tous les domaines. L’impôt finance l’éducation, les infrastructures, les institutions judiciaires, la protection sociale et d’autres services publics.

Selon de récentes études internationales, dans les pays en développement, l’écart entre le montant théorique de l’impôt dû et les recettes fiscales effectivement perçues s’échelonne entre 30 % et 60 %. La Finlande s'est engagée à atteindre les objectifs de l’Initiative fiscale d’Addis-Abeba et du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies. Contribuer au renforcement des capacités afin de permettre aux pays d’être en mesure de percevoir des impôts de manière efficace et légitime est l’une de nos principales priorités.  

Alors que la mobilisation des ressources intérieures est l'une des sources de financement du développement durable les plus prometteuses, les ratios impôts/PIB, par exemple, sont toujours très faibles dans la plupart des pays africains. Le recouvrement insuffisant des recettes fiscales est en grande partie dû aux flux financiers illicites considérables qui transitent dans la région. D’après les calculs du Groupe de haut niveau de l’Union africaine sur les flux financiers illicites, ces flux financiers illicites font perdre à l’Afrique davantage de recettes fiscales que les ressources qu’elle perçoit grâce à l’aide publique au développement ou aux investissements directs étrangers. La Finlande participe aux efforts visant à combattre les flux financiers illicites dans le domaine fiscal en Afrique, aux côtés de l’UA, de l’Union européenne, de l’Allemagne et d’autres partenaires.

La réforme du système fiscal international négociée à l’OCDE est un pas encourageant dans la bonne direction pour faire en sorte que les entreprises multinationales acquittent une juste part d’impôt là où elles exercent leurs activités et génèrent des bénéfices. Les solutions apportées au niveau politique sont utilement complétées sur le plan pratique par les activités découlant de l’initiative IISF pour endiguer l’évasion et la fraude fiscales ainsi que les flux financiers illicites.

 

IISF : Quelle est l'approche adoptée par la Finlande en matière de fiscalité et de développement, et comment les programmes IISF s’inscrivent-ils dans cette démarche ?  

V.S. : Le programme du gouvernement finlandais indique que nous contribuerons à l'amélioration des systèmes fiscaux des pays en développement. Notre politique est définie de façon plus précise dans le document intitulé Taxation for Development Action Programme 2020 – 2023 (Programme d'action relatif à la fiscalité pour le développement).

Ce Programme vise principalement à renforcer les capacités des pays en développement en matière fiscale. Cet objectif est mis en avant par des projets de coopération portés par des acteurs finlandais tels que l'administration fiscale finlandaise (VERO), mais aussi par notre participation à des projets internationaux et de l’Union européenne. Nous privilégions l’Afrique et nous fournissons également un financement direct à des organisations comme le Forum sur l'administration fiscale africaine (ATAF). De plus, l’octroi de financements à destination de la société civile est aussi essentiel dans le domaine fiscal.

Un autre objectif essentiel du Programme d'action consiste à garantir la responsabilité et la transparence fiscales des entreprises bénéficiant de financements issus de la coopération pour le développement. Des travaux en ce sens sont en cours, dans le prolongement des orientations définies dans le document Tax Responsibility Principles in Finland’s Development Cooperation Funding to the Private Sector (Principes de responsabilité fiscale régissant le financement de la coopération au développement de la Finlande en faveur du secteur privé).

Le Programme d'action vise aussi à renforcer la position des pays en développement dans les discussions mondiales relatives aux politiques fiscales et à s’assurer que leurs points de vue soient davantage entendus. Cet objectif a été pris en compte dans la conception de nos projets de coopération, qui couvrent des aspects liés à la politique fiscale en plus de mettre l’accent sur les administrations fiscales.

L’initiative IISF et notre Programme d'action relatif à la fiscalité pour le développement sont bien alignés, puisque tous deux comportent comme objectifs essentiels le renforcement des capacités en matière fiscale et la nécessité de mieux faire entendre la voix des pays en développement dans la politique fiscale à l’échelle mondiale.

 

IISF : La Finlande est un partenaire de longue date du financement de l’initiative IISF. Quels sont les principaux objectifs de la Finlande à travers le soutien apporté à l’IISF 

V.S. : L’OCDE et le PNUD comptent effectivement parmi nos premiers partenaires dans le domaine de la fiscalité et du développement, puisque notre tout premier Programme d'action relatif à la fiscalité pour le développement couvrait les années 2016 à 2019 et que la Finlande soutient l’initiative IISF depuis 2017.

Le soutien de la Finlande à l’IISF a été de reconduit en 2021 et s’étend à de nouveaux domaines. Ce projet de prolongation, intitulé Tax for Sustainable Development Goals (Tax for SDGs Initiative) [L’impôt au service des objectifs de développement durable (ODD)], est financé conjointement par la Finlande et la Norvège. Les fonds alloués par la Finlande pour la période quadriennale allant de 2021 à 2024 totalisent 9.2 millions EUR.

Tout en poursuivant le renforcement des capacités des autorités fiscales nationales grâce à la démarche d'apprentissage par la pratique de l’IISF, un nouvel objectif sera d’intégrer plus étroitement les questions relatives aux capacités fiscales dans les programmes nationaux de 25 pays en matière d’ODD, principalement en Afrique. La présence de bureaux de pays du PNUD sur chaque territoire de l’hémisphère Sud est mise à profit et la coopération Sud-Sud est encouragée.

Nous soutenons l’initiative IISF parce qu’elle a fait la preuve de son efficacité dans un domaine important qui est celui du renforcement des capacités en matière fiscale, et parce qu’elle contribue à une meilleure mobilisation des ressources intérieures.  Ces travaux viennent aussi en appui d’autres dimensions de la coopération pour le développement international auxquelles la Finlande est attachée, à savoir la promotion de l'égalité hommes-femmes et les mesures de lutte contre le changement climatique. Une fiscalité bien conçue peut réduire les inégalités, améliorer les possibilités des femmes en matière d’emploi et contribuer à un usage durable des ressources naturelles. Un système fiscal fiable, efficace et équitable – tant au plan intérieur qu’au plan international – est un rouage essentiel de l'économie du bien-être.